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  • José Ortega y Gasset

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    Citationes

    « Dans les chapitres précédents, j’ai tenté d’esquisser un nouveau type d’homme qui prédomine aujourd’hui dans le monde ; je l’ai appelé l’homme-masse, et j’ai fait remarquer que sa principale caractéristique consiste en ce que, se sachant vulgaire, il proclame le droit à la vulgarité, et se défend de se reconnaître des instances supérieures. »

    — José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), trad. Louis Parrot, éd. Les Belles Lettres, coll. « Bibliothèque classique de la liberté », 2010 (ISBN 9782251390512), p. 209


    « L'homme masse actuel est en effet un primitif qui s'est glissé par les coulisses sur la vieille scène de la civilisation. »

    — José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), trad. Louis Parrot, éd. Les Belles Lettres, coll. « Bibliothèque classique de la liberté », 2010 (ISBN 9782251390512), p. 157-158


    « [...] le monde d’alors était si rudement organisé que les catastrophes y étaient fréquentes, et qu’il n’y avait en lui rien de sûr, rien d’abondant ni de stable. »

    — José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), trad. Bernard Dubant, éd. Le Labyrinthe, 1986, p. 102-103


    Les masses « se trouvent devant un paysage plein de possibilités et, de plus, sûr, tout préparé, tout à leur dispo­sition, sans qu’il leur en coûte quelque effort préalable, de la même manière que nous trouvons le soleil sur les hauteurs, sans que nous ayons eu à le monter sur nos épaules. »

    — José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), trad. Bernard Dubant, éd. Le Labyrinthe, 1986, p. 102-103


    « Pour l’homme moyen du passé, vivre, c’était se heurter à un ensemble de difficultés, de dangers, de privations, en même temps que de limitations et de dépendances ; pour l’homme moyen actuel, le monde nou­veau apparaît comme un champ de possibilités pratiquement illimitées, où l’on ne dépend de personne. C’est ce sentiment originel et permanent qui préside à la for­mation de chaque esprit contemporain, comme le sentiment opposé aidait à la for­mation des âmes d’autrefois. Car cette impression fondamentale se transforme en une voix intérieure, qui murmure sans cesse au plus profond de l’individu une manière de langage et, tenace, lui insinue une définition de la vie qui est, en même temps, un impératif. Si l’impression traditionnelle disait : "Vivre, c’est se sentir limité, et par cela même, avoir à compter avec ce qui nous limite.", la voie nouvelle crie : "Vivre, c’est ne se connaître aucune limite, c’est s’abandonner tranquillement à soi-même. Prati­quement rien n’est impossible, rien n’est dangereux ; en principe, nul n’est supérieur aux autres." »

    — José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), trad. Bernard Dubant, éd. Le Labyrinthe, 1986, p. 105-106


    « Nous distinguons l’homme d’élite de l’homme médiocre en affirmant que le premier exige beaucoup plus de lui même, tandis que le second, au contraire, toujours satisfait de lui, se contente d’être ce qu’il est. Contrairement à ce que l’on croit habituellement, c’est la créature d’élite et non la masse qui vit "essentiellement" dans la ser­vitude. Sa vie lui paraît sans but s’il ne la consacre au service de quelque obligation supérieure. Aussi la nécessité de servir ne lui apparaît pas comme une oppression, mais au contraire, lorsque cette nécessité lui fait défaut, il se sent inquiet, et invente de nouvelles règles plus difficiles, plus exigeantes, qui l’oppriment. Telle est la vie-discipline, la vie noble. La noblesse se définit par l’exi­gence, par les obligations, et non par les droits. »

    — José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), trad. Bernard Dubant, éd. Le Labyrinthe, 1986, p. 107-108


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    « L'homme qui domine aujourd'hui est un primitif, un Naturmensch surgissant au milieu d'un monde civilisé. C'est le monde qui est civilisé, et non ses habitants qui, eux, n'y voient même pas la civilisation, mais en usent comme si elle était le produit même de la nature. L'homme nouveau désire une automobile et en jouit ; mais il croit qu'elle est le fruit spontané d'un arbre édénique. Au fond de son âme, il méconnaît le caractère artificiel, presque invraisemblable de la civilisation, et il n'étendra pas l'enthousiasme qu'il éprouve pour les appareils, jusqu'aux principes qui les rendent possibles. »

    — José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), trad. Louis Parrot, éd. Les Belles Lettres, coll. « Bibliothèque classique de la liberté », 2010 (ISBN 9782251390512), p. 157


    « Trois siècles d’expérience "rationaliste" nous invitent impérieusement à méditer sur la splendeur et les bornes de cette prodigieuse "raison" cartésienne. C’est une "raison" exclusivement mathématique, physique, biologique. Ses triomphes fabuleux sur la nature dépassent tout ce que l’on pouvait rêver de plus grand. Ils n’en soulignent que mieux son échec en face des sujets proprement humains et la nécessité de l’intégrer dans une autre raison plus profonde et plus radicale qui est la "raison historique".

    Cette raison historique nous révèle la vanité de toute révolution générale, de toute tentative pour transformer subitement une société et pour recommencer l’histoire — comme prétendaient le faire ces hommes de 89, nourris d’idées confuses. A la méthode de la révolution, elle oppose la seule méthode digne de la longue expérience que l’Européen a derrière lui. Les révolutions incontinentes, dans leur hâte hypocritement généreuse de proclamer de nouveaux droits, ont toujours violé, foulé, détruit le droit fondamental de l’homme — si fondamental qu’il est la définition même de sa substance — le droit à la continuité. »

    — José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), trad. Louis Parrot, éd. Les Belles Lettres, coll. « Bibliothèque classique de la liberté », 2010 (ISBN 9782251390512), p. 76-77


    « Pour la première fois, l'Européen, en se heurtant dans ses projets économiques, politiques, intellectuels, aux limites de sa nation, sent que ces projets — c'est-à-dire ses possibilités d e vie, son style vital — sont en disproportion avec le cadre du corps collectif dans lequel il est enfermé. Il a découvert alors qu'être anglais, allemand ou français, c'est être provincial. Il a donc découvert qu'il est moins qu'avant, puisque autrefois l'Anglais, le Français et l'Allemand croyaient, chacun de leur côté, qu'ils étaient l'univers. C'est là qu'il faut voir, à ce qu'il me semble, la véritable origine de cette impression de décadence qui afflige l'Européen. Il s'agit donc d'une origine purement intime et paradoxale, puisque la présomption d'avoir diminué naît précisément du fait que sa capacité s'est accrue et se heurte à une organisation vieillie, à l'intérieur de laquelle elle ne peut plus se développer à l'aise. [...]

    La véritable situation de l'Europe en arriverait donc à être celle-ci : son vaste et magnifique passé l'a fait parvenir à un nouveau stade de vie où tout s'est accru; mais en même temps, les structures survivantes de ce passé sont petites et paralysent son expansion actuelle. L'Europe s'est constituée sous forme de petites nations. En un certain sens, l'idée et les sentiments nationaux ont été son invention la plus caractéristique. Et maintenant elle se voit obligée de se dépasser elle-même. Tel est le schéma du drame énorme qui va se jouer dans les années à venir. Saura-t-elle se libérer de ses survivances ou en restera-t-elle prisonnière ? Car il est déjà arrivé une fois dans l'histoire qu'une grande civilisation est morte de n'avoir pu modifier son idée traditionnelle de l'État… »

    — José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), trad. Louis Parrot, éd. Les Belles Lettres, coll. « Bibliothèque classique de la liberté », 2010 (ISBN 9782251390512), p. 224-225


    « Je recommande donc au lecteur de réserver pour une meilleure occasion la malignité d'un sourire, lorsque, parvenu aux derniers chapitres de ce livre, il me verra affirmer avec quelque intrépidité, en face des apparences actuelles, une possible, une probable union des États de l'Europe. Je ne nie point que les États-Unis d'Europe sont une des fantaisies les plus pauvres qui existent et je ne me fais pas solidaire de ce que d'autres ont mis sous ces signes verbaux. Mais par ailleurs, il est extrêmement improbable qu'une société, une collectivité aussi mûre que celle que forment déjà les peuples européens ne soit pas près de créer l'appareil politique d'un État, pour donner une forme à l'exercice du pouvoir public européen déjà existant. Ce n'est donc pas parce que je suis pris au dépourvu devant les sollicitations de la fantaisie, ni par l'effet d'une propension à un « idéalisme » que je déteste et que j'ai combattu toute ma vie, que j'en suis arrivé à parler ainsi. C'est le réalisme historique qui m'a appris à reconnaître que l'unité de l'Europe comme société n'est pas un idéal mais un fait d'une très ancienne quotidienneté. Et lorsqu'on a vu cela, la probabilité d'un état général européen s'impose mécaniquement. Quant à l'occasion qui subitement portera le processus à son terme, elle peut être Dieu sait quoi ! la natte d'un Chinois émergeant de derrière les Ourals ou bien une secousse du grand magma islamique. »

    — José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), trad. Louis Parrot, éd. Les Belles Lettres, coll. « Bibliothèque classique de la liberté », 2010 (ISBN 9782251390512), p. 55


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    Citationes de José Ortega y Gasset

    « Écrivant à l’époque de la Révo­lution bolchévique et de la montée du fascisme, dans l’après-coup d’une guerre cataclysmique qui avait déchiré l’Europe, Ortega attri­buait la crise de la culture occidentale à la "domination politique des masses". Aujourd’hui, ce sont toutefois les élites ceux qui con­trôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, qui prési­dent aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseigne­ment supérieur, gèrent les instruments de la production culturelle et fixent ainsi les termes du débat public qui ont perdu foi dans les valeurs de l’Occident, ou ce qu’il en reste. »

    Christopher Lasch, La Révolte des élites et la trahison de la démocratie (1994), trad. Christian Fournier, éd. Castel­nau-le-Lez, coll. « Climats », 1996, p. 38


    « Du point de vue d’Ortega, point de vue largement partagé à l’époque, la valeur des élites culturelles réside dans leur disposition à assumer la respon­sabilité de normes astreignantes sans lesquelles la civilisation est impos­sible. »

    Christopher Lasch, La Révolte des élites et la trahison de la démocratie (1994), trad. Christian Fournier, éd. Castel­nau-le-Lez, coll. « Climats », 1996, p. 38


    Martin Heidegger et José Ortega y Gasset à Darmstadt en Allemagne, août 1951

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