• Recensere
  • Père Clément Zederholm - Constantin Léontiev


    Constantin Léontiev, Père Clément Zederholm : Hiéromoine du monastère d'Optino (1880), trad. Nelly Roure, éd. Éditions des Syrtes, 2005 (ISBN 9782845451131), pp. 165-166.


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    Depuis la chute originelle du premier homme, le diable s’escrime par tous les moyens à détourner l’humanité du droit chemin. Les débuts du monothéisme ont été suivis de toutes sortes de dévoiements vers le polythéisme, et c’est à ce moment que sont apparues toutes ces religions orientales. Le peuple juif s’est battu tout seul conte elles à toutes les époques. Après l’incarnation du Fils de Dieu, le polythéisme est devenu impossible, mais l’esprit mauvais s’est tout de suite empressé d’instaurer dans l’Église des dissensions et des hérésies, l’arianisme entre autres, comme vous le savez. Une hérésie prenait fin par la grâce de Dieu, et une autre apparaissait. L’Église s‘est battue de la même manière, en Orient comme en Occident, contre ces hérésies et ces schismes. En Espagne, l’arianisme a pris à l’époque beaucoup plus d’ampleur. Le clergé occidental l’a combattu avec zèle. Il avait raison de le faire, mais à cause de leur ardeur excessive et de leur énergie débordante, les peuples occidentaux ont dépassé la mesure. Il a fallu proclamer la deuxième personne de la Sainte Trinité, car les arianistes vilipendaient le Christ et niaient sa divinité. Les Occidentaux ne se contenaient plus de confirmer le dogme oriental. Ils jetèrent de l’huile sur le feu en disant que l’Esprit saint procédait « aussi du Fils » pour proclamer le Christ à tout prix. Plus encore : tous les chrétiens honoraient comme il sied de le faire la Mère de Dieu, mais l’Église d’Orient n’a jamais reconnu qu’elle ne portait pas comme les autres la tache du péché originel. Il n’y a que Dieu qui soit sans péché, et tous les Saints ont péché. Les peuples occidentaux ne pouvaient en rester là. Ils ont inventé le dogme de l’Immaculée Conception et, là encore, ils ont dépassé les limites, s’enthousiasmant pour le culte de la Mère de Dieu au point de La considérer souvent supérieure au Christ lui-même. Encore un exemple : personne ne nie qu’il faille respecter profondément la dignité épiscopale, son caractère sacré, même quand un homme revêtu de cette dignité en est personnellement indigne. C’est la base du christianisme sans laquelle on ne peut être chrétien. Personne n’a même contesté que l’évêque de Rome soit le premier d’entre ces égaux et le plus anciens parmi les autres évêques. L’Église orthodoxe serait prête à reconnaître aussi sa primauté si Rome abjurait ses errances dogmatiques. Mais les peuples occidentaux ont là encore outrepassé les limites. Ils ont imaginé que l’évêque de Rome n’était pas un évêque, mais quelque chose de particulier, le Pape, l’héritier de l’apôtre Pierre, et qu’il était infaillible.


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