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  • Oswald Spengler

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    Citationes

    « Sans aucun doute, l'athéisme bien compris est l'expression nécessaire d'une mentalité achevée en soi, épuisée dans ses possibilités religieuses, vouée à l'anorganique. [...] L'athéisme fait partie de l'homme de la civilisation commençante, non encore de celui de l'"époque des lumières". Il appartient à la grande ville, il appartient à "l'homme instruit" des grandes villes qui s'approprie mécaniquement ce que ses ancêtres qui ont crée sa culture ont vécu organiquement. [...] Mais l'homme des villes mondiales est irréligieux. »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 391-392


    « Il n'y a pas de science naturelle sans religion antérieure. »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 363


    « La métaphysique stricte a épuisé ses possibilités. La ville cosmopolitique a définitivement vaincu la campagne et son esprit se constitue aujourd'hui une théorie propre, nécessairement dirigée vers le dehors, mécaniste, sans âme. [...] Le philosophe n'est pas plus libre de choisir ses thèmes, que la philosophie d'avoir partant et toujours les mêmes thèmes. »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 350


    « Cette extinction de la religiosité intérieure vivante forme et pénètre peu à peu jusqu'à moindre trait de l'existence et elle se manifeste dans l'image historique du monde comme la transition de la culture à la civilisation, comme le climactrium de la culture, selon le nom que je lui ai déjà donné, tournant de son histoire où la fécondité psychique d'une espèce humaine s'éteint pour toujours et où la génération fait place à la construction. Si l'on rend tout son poids originel au mot stérilité, il désignera le destin complet de l'homme-cerveau des villes cosmopolites, et l'un des traits les plus significatifs de ce tournant symbolique est qu'il exprime non seulement l’extinction du grand art, des grandes formes sociales, des grands systèmes philosophiques, du grand style en général, mais aussi de manière tout à fait physiologique, la non-prolificité et la mort raciale des couches sociales civilisées, déracinées du pays, phénomène très remarqué et très déploré déjà aux époques impériale de Rome et de la Chine, mais nécessairement impossible à atténuer. »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 341-342


    « Chaque culture a donc son propre mode d'extinction psychique, et elle n'en a qu'un seul, résultant avec une nécessité très profonde de sa vie tout entière. »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 338


    « La ville cosmopolite elle-même se dresse, comme point extrême anorganique au milieu du paysage de culture, dont elle déracine les hommes, les attire à elle et les suce. »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 336


    « Si l'on admet que le socialisme, entendu au sens éthique, non économique, est le sentiment cosmique qui poursuit au nom de tous son opinion propre, nous sommes tous socialistes sans exception, que nous le sachions et le voulions ou non. Même Nietzsche ; le plus passionné des adversaires de toute "morale grégaire", est tout à fait incapable de restreindre à soi-même son zèle au sens antique. Il ne pense qu'à "l'humanité". Il attaque tous ceux qui pensent différemment. Épicure, au contraire, restait froidement indifférent aux pensées et aux actions des autres. Il n'a pas dépensé la moindre réflexion à une réforme de l'humanité. Il était, comme ses amis, satisfait d'être ce qu'il était et non autre chose. L'idéal de la vie antique était le désintéressement (απαθεια) à ce qui se passe dans le monde, c'est-à-dire précisément à ce dont la domination fait pour l'homme faustien le contenu intégral de la vie. Le concept essentiel de la αδιαϕορα fait partie de cette catégorie. Il y a aussi un polythéisme moral en Hellade. À preuve l'insouciante coordination des Épicuriens, des Stoïciens et de Cyniques. Mais le Zarathoustra tout entier — qui prétend s'établir "au delà du bien et du mal" — respire la douleur de voir les hommes tels qu'on ne veut pas les voir, la passion profonde, si absolument non-antique, d'utiliser naturellement la vie à les transformer selon sa propre et unique direction. Et c'est là précisément, dans cette générale transvaluation, qu'est le monothéisme éthique, qui est le socialisme au sens nouveau et plus profond. Tous les réformateurs du monde sont socialistes. Il n'y a donc pas de réformateurs dans le monde antique. »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 324-325


    « Tout devenu est périssable. Périssables non seulement les peuples, les langues, les races, les cultures. Dans quelques siècles, il n'y aura plus de culture européenne d'Occident, plus d'Allemands, d'Anglais, de Français, comme il n'y avait plus de Romania au temps de Justinien. Ce n'était pas la suite des générations humaines qui était alors éteinte, mais la forme intérieure d'un peuple, qui avait condensé en une physionomie unitaire un certain nombre de ces générations, avait cessé d'exister. Le civis Romanus, tout en étant un des symboles les plus puissants de l'être antique, n'avait néanmoins comme forme qu'une durée de quelques siècles. Mais le phénomène primaire de la grande culture en général disparaîtra un jour, lui aussi, de même que le spectacle de l'histoire universelle et enfin l'homme lui-même et, par delà l'homme, l'apparition de la vie végétale et animale à la surface de la terre, cette terre même, le soleil et l'univers entier des systèmes solaires. Tout art est mortel, non seulement les œuvres individuelles, mais les arts eux-mêmes. Un jour, le dernier portrait de Rembrandt et la dernière mesure de la musique de Mozart auront cessé d'exister, même si une toile peinte ou un feuillet de notes aura peut-être subsisté, parce que le dernier œil et la dernière oreille, auxquels leur langage formel était accessible, auront disparu. Périssables chaque pensée, chaque croyance , chaque science, dès que sont éteints les esprits dans les univers desquels leurs "vérités éternelles" étaient senties comme vraies avec nécessité. Périssables même les étoiles qui "apparaissent" aux astronomes du Nil et de l'Euphrate comme des univers pour un œil, car notre œil — également périssable — est différent. Nous savons cela. Un animal ne le sait pas, et ce qu'il ne sait pas n'existe pas dans la réalité vivante de son univers ambiant. Mais avec l'image du passé disparaît aussi le désir nostalgique de donner au passé un sens plus profond. »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 166


    « L'homme est le seul vivant connaissant la mort. Tous les autres vieillissent, mais leur conscience reste absolument restreinte au moment, qui doit leur paraître éternel. Ils vivent sans rien savoir de la vie, comme ces enfants de première jeunesse que le christianisme désigne encore sous le nom d'"innocents". Ils meurent et voient mourir, mais n'en savent rien. L'homme entièrement éveillé, l'homme proprement dit, dont l'intelligence est dégagée de la vision de l'habitude du langage, est le premier à posséder, outre la sensation, également le concept de trépas, c'est-à-dire une mémoire du passé et une expérience de l'irrévocable. Nous sommes le temps, mais nous possédons aussi une image de l'histoire et dans cette image, en considérant la mort, la naissance nous apparaît comme la deuxième énigme. Pour tous les autres vivants, la vie s'écoule sans le moindre pressentiment de sa limité, c'est-à-dire sans qu'ils en sachent le rôle, le sens, la durée et le but. »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 164


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    « À la surface des événements cosmiques règne l'imprévu. Il adhère comme marque distinctive à tout événement isolé, à toute décision particulière, à toute personne individuelle. Nul n'a prévu le bond de l'Islam dans l'apparition de Mohammed, ou Napoléon dans la chute de Robespierre. L'arrivée des grands hommes, ce qu'ils entreprennent, le succès de ces entreprises – sont incommensurables : personne ne sait si une évolution puissante en germe s'achèvera à grands traits, comme la noblesse romaine, ou tombera victime du sort, comme les Hohenstaufen et la culture Maya tout entière.

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 141


    « C'est le sens de tous les déclins dans l'histoire — le sens de l'accomplissement intérieur et extérieur, celui de la fin qui menace toutes les cultures vivantes ; — parmi ces déclins, le plus distinct, celui de "l'antiquité", s'étale à grands traits sous nos yeux, tandis qu'en nous et autour de nous, nous suivons clairement à la trace les premiers symptômes de notre événement, absolument semblable au premier par son cours et sa durée et appartenant aux premiers siècles du prochain millénaire, le "déclin de l'Occident". »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 114


    « Une masse à perte de vue d'êtres vivants humains, une onde immense jaillie des profondeurs d'un passé obscur, où notre sentiment du temps perd son efficacité organisatrice et où l'imagination sans trêve — ou la peur — nous a transportés comme par enchantement dans l'image de périodes géologiques terrestres pour y dissimuler une énigme à jamais insoluble ; un courant qui se perd dans un futur aussi obscur et atemporel : tel est le fondement de l'image faustienne de l'histoire humaine. »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 113


    « Ville mondiale signifie cosmopolitisme au lieu de "patrie", sens froid des réalités au lieu de respect pour la tradition et ses enfants, irréligion scientifique pétrifiant la religion du cœur qui l'a précédée, "sociétés" au lieu d'États, droits naturels au lieu de droits acquis. L'argent, comme grandeur anorganique, abstraite, dépouillée de tout rapport avec le sens du sol fertile et les valeurs d'une économie domestique primitive — est un avantage que les Romains avaient sur les Grecs. La ville mondiale n’a pas un peuple, mais une masse. Son incompréhension du traditionnel, dans lequel elle combat la culture (la noblesse, l’église, les privilèges, la dynastie, les conventions artistiques, la possibilité d’une limite à la connaissance scientifique) ; son intelligence froide et perspicace, supérieure à celle du paysan ; son naturalisme d’un sens tout nouveau, qui prend sa source dans les instincts les plus vieux et les conditions primitives de l’homme, par delà Socrate et Rousseau et loin derrière eux, en ce qui concerne toutes les questions sexuelles et sociales ; le panem et circences qui reparaît sous le manteau de la lutte des salaires et de la place du sport — tout cela marque, à côté de la culture définitivement achevée, à côté de la province, une forme tout à fait nouvelle et tardive, sans avenir, mais inévitable, de l’existence humaine. »

    — Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 1, p. 45


    Bibliographia


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