• Recensere
  • Fiodor Dostoïevski

    Fyodor Dostoyevsky.jpg

    Citationes

    « Tout peuple n’est un peuple que tant qu’il possède son propre Dieu, son Dieu à lui, et nie sans admettre nul compromis tous les autres Dieux, tant qu’il croit que grâce à son Dieu, il triomphera de tous les autres Dieux et les chassera. Telle était précisément la foi de tous les grands peuples, de tous les peuples du moins qui ont joué un certain rôle dans l’histoire et ont marché à la tête de l’humanité. Impossible de lutter contre les faits. Les juifs n’ont vécu que pour attendre le vrai Dieu, et on légué au monde le vrai Dieu. Les Grecs ont divisé la nature et on légué au monde leur religion, c’est-à-dire la philosophie et la science. Rome a divinisé le peule dans l’État et a légué aux peuples l’idée de l’État. La France, incarnation du Dieu romain, n’a fait, tout au long de son histoire, que développer l’idée de ce Dieu romain, et si elle a fini par le jeter à bas et s’est précipité elle-même dans l’athéisme, qui s’intitule là-bas provisoirement socialisme, c’est uniquement parce que l’athéisme est, malgré tout, plus sain encore que le catholicisme romain. Si un grand peuple cesse de croire qu’il est le seul capable, grâce à sa vérité, de rénover et de sauver les autres peuples, il cesse aussitôt d’être un grand peuple et devient une simple matière ethnographique. Un peuple vraiment grand ne se contentera jamais d’un rôle secondaire dans l’humanité, ni même d’un rôle de premier plan : ce qu’il lui faut, c’est la toute première place, le rôle unique. Le peuple qui perd cette foi, n’est plus un peuple. Cependant la vérité est une, et, par conséquent, parmi tous les peuples il n’y en a qu’un qui détienne le vrai Dieu, si puissants que soient les Dieux des autres peuples. Le seul peuple “théophore” est le peuple russe [...]. »

    — Fiodor Dostoïevski, Les Démons (1871), trad. Marthe Robert, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1997 (ISBN 9782070394166), p. 379-380


    « Quand les peuples commencent à avoir des dieux communs, c’est signe de mort pour ces peuples. Quand les Dieux deviennent communs à plusieurs peuples, les Dieux meurent, ainsi que les peuples et leur foi. Plus un peuple est fort, plus son Dieu diffère des autres Dieux. Jamais encore, il n’y eut de peuple sans religion, c’est-à-dire sans notion du bien et du mal. Chaque peuple possède sa propre notion du bien et du mal, son propre bien et son propre mal. Quand plusieurs peule mettent en commun leurs notion du bien et du mal, alors ces peuples tombent en décadence, alors la distinction même entre le bien et le mal s’efface et disparaît. Jamais la raison n’a été et me sera capable de définir le bien et le mal ou même de séparer le mal du bien, ne fût-ce qu’approximativement. »

    — Fiodor Dostoïevski, Les Démons (1871), trad. Marthe Robert, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1997 (ISBN 9782070394166), p. 378


    « J'ai observé, me glissa un jour Stépane Trophimovitch, que tous ces socialistes enragés et ces communistes sont en même temps des êtres avares, et ont des âmes d'acquéreurs, de propriétaires, si bien que plus ils sont socialistes, plus ils se montrent avides. »

    — Fiodor Dostoïevski, Les Démons (1871), trad. Marthe Robert, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1997 (ISBN 9782070394166), p. 136


    « Non seulement vous ne connaissiez pas le peuple, mais vous n'aviez pour lui que le plus abominable mépris, parce que le peuple pour vous c'était uniquement le peuple français, et même les seuls Parisiens, et vous étiez honteux de ce que le peuple russe ne leur ressemblât pas. C'est la vérité pure. Or celui qui n'a point de peuple, n'a point de Dieu. Sachez que tous ceux qui cessent de comprendre leur peuple, et n'ont plus de contact avec lui, perdent dans la même mesure la foi de leurs pères, et deviennent des athées ou des indifférents. »

    — Fiodor Dostoïevski, Les Démons (1871), trad. Marthe Robert, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1997 (ISBN 9782070394166), p. 82


    « Il n’y a pas de péché sur la terre que Dieu ne pardonne à celui qui se repent sincèrement. L’homme ne peut pas commettre de péché capable d’épuiser l’amour infini de Dieu. »

    — Fiodor Dostoïevski, Les Frères Karamazov (1880), trad. Henri Montgault, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1994 (ISBN 9782070389629), p. 94


    « [...] plus j’aime l’humanité en général, moins j’aime les gens en particulier, comme individus. »

    — Fiodor Dostoïevski, Les Frères Karamazov (1880), trad. Henri Montgault, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1994 (ISBN 9782070389629), p. 101-102


    « [...] le socialisme, ce n'est pas seulement la question ouvrière ou celle du quatrième état, mais c’est surtout la question de l’athéisme, de son incarnation contemporaine, la question de la tour de Babel, qui se construit sans Dieu, non pour atteindre les cieux de la terre, mais pour abaisser les cieux jusqu’à la terre. »

    — Fiodor Dostoïevski, Les Frères Karamazov (1880), trad. Henri Montgault, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1994 (ISBN 9782070389629), p. 61-62


    « Regardez tous ces gens qui se dressent au-dessus du peuple chrétien, n'ont-ils pas altéré l'image de Dieu et sa vérité ? Ils ont la science assujettie aux sens. Quant au monde spirituel, la moitié supérieure de l'être humain, on le repousse, on le bannit allègrement, même avec haine. Le monde a proclamé la liberté [...] ; mais que représente cette liberté ! Rien que l'esclavage et le suicide ! Car le monde dit : "Tu as des besoins, assouvis-les, tu possèdes les mêmes droits que les grands, et les riches. Ne crains pas donc pas de les assouvir, accrois-les même" ; voilà ce qu'on enseigne maintenant. Telle est leur conception de la liberté. Et que résulte-t-il de ce droit à accroître les besoins ? Chez les riches, la solitude et le suicide spirituel ; chez les pauvres, l'envie et le meurtre, car on a conféré des droits, mais on a pas encore indiqué les moyens d'assouvir les besoins. On assure que le monde, en abrégeant les distances, en transmettant la pensée dans les airs, s'unira toujours davantage, que la fraternité régnera. Hélas ! Ne croyez pas à cette union des hommes. Concevant la liberté comme l'accroissement des besoins et leur prompte satisfaction, ils altèrent leur nature, car ils font naître en eux une foule de désirs insensés, d'habitudes et d'imaginations absurdes. Ils ne vivent que pour s'envier mutuellement, pour la sensualité et l'ostentation. [...] quant aux pauvres, l'inassouvissement des besoins et de l'envie sont pour le moment noyés dans l'ivresse. Mais bientôt, au lieu de vin, ils s'enivreront de sang, c'est le but vers lequel on les mène. Dites-moi si un tel homme est libre. Un "champion de l'idée" me racontait un jour qu'étant en prison on le priva de tabac et que cette privation lui fut si pénible qu'il faillit trahir son "idée" pour en obtenir. Or cet individu prétendait "lutter pour l'humanité". De quoi peut-il être capable ? Tout au plus d'un effort momentané, qu'il ne soutiendra pas longtemps. Rien d'étonnant à ce que les hommes aient rencontré la servitude au lieu de la liberté, et qu'au lieu de servir la fraternité et l'union ils soient tombés dans la désunion et la solitude [...]. Aussi le dévouement à l'humanité, de la fraternité, de la solidarité disparaît-elle graduellement dans le monde ; en réalité, on l'accueille même avec dérision, car comment se défaire de ses habitudes, où ira ce prisonnier des besoins innombrables par lui inventés ? Dans la solitude, il se soucie fort peu de la collectivité. En fin de compte, les biens matériels se sont accrus et la joie a diminué. »

    — Fiodor Dostoïevski, Les Frères Karamazov (1880), trad. Henri Montgault, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1994 (ISBN 9782070389629), p. 425-426


    « Elle est connue : le crime est une protestation contre une organisation sociale anormale ; voilà tout et rien de plus et ils n’admettent aucune autre raison, pas une...

    — En voilà une erreur ! cria Porphyre Petrovitch. Il s’animait peu à peu et riait en regardant Rasoumikhine dont l’emballement ne faisait que croître.

    — Ils n’admettent pas une autre cause, l’interrompit Rasoumikhine avec feu. Je ne me trompe pas ; je te montrerai leurs livres ; je te montrerai qu’ils disent : "tel individu a été perdu par son milieu" et c’est tout ; c’est leur phrase favorite. D’où la conclusion que si la société était organisée de façon normale, il n’y aurait plus de crimes car on n’aurait plus à protester et tous les hommes deviendraient des "justes". Ils ne prennent pas en considération la nature ; ils la suppriment ; elle n’existe pas pour eux. Ils ne voient pas une humanité qui se développe par une progression historique et vivante et produit enfin une société normale, mais un système social sorti d’une tête de mathématicien et qui doit organiser, en un clin d’oeil, la société, la rendre juste et parfaite avant tout processus historique ; d’où leur haine instinctive pour l’histoire. Ils disent : "C’est un ramassis d’horreurs et d’absurdités" et tout s’explique immanquablement par l’absurdité ; d’où également leur haine de ce processus vivant qu’est l’existence ; pas besoin d’âme vivante, car l’âme vivante a ses exigences, elle n’obéit pas aveuglément à la mécanique, une âme vivante est méfiante, elle est rétrograde et celle qu’ils veulent peut puer la charogne, être faite de caoutchouc, en revanche elle est morte, dénuée de volonté ; c’est un esclave qui n’ira jamais se révolter et il en résulte que tout leur système est établi sur une superposition de briques : par la manière de disposer les corridors et les pièces d’un phalanstère ! Ce phalanstère, il est prêt, mais c’est la nature humaine qui ne l’est point ; elle veut encore vivre, traverser tout le processus de la vie avant de s’en aller au cimetière. La logique ne suffit pas à permettre ce saut par-dessus la nature. La logique ne prévoit que trois cas quand il y en a un million. Ce million, le supprimer et ramener tout à l’unique question du confort ! Voilà la solution la plus facile du problème. Une solution d’une clarté séduisante et qui rend toute réflexion inutile, voilà l’essentiel. Tout le mystère de la vie tient dans deux feuilles d’impression... »

    — Fiodor Dostoïevski, Crime et châtiment (1866), trad. Doussia Ergaz, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1950 (ISBN 9782070392537), p. 272
    Fyodor Dostoyevsky 2.jpg

    « Est-il vrai, prince, que vous ayez dit une fois que la "beauté" sauverait le monde ? Messieurs, s'écria-t-il en prenant toute la société à témoin, le prince prétend que la beauté sauvera le monde ! […] Ne rougissez pas, prince! vous me feriez pitié. Quelle beauté sauvera le monde ? »

    — Fiodor Dostoïevski, L'Idiot (1869), trad. Albert Mousset, éd. Livre de Poche, 2010 (ISBN 9782070389636), p. 464


    « L’homme aime à construire, c’est certain : mais pourquoi aime-t-il aussi à détruire ? »

    — Fiodor Dostoïevski, Les Carnets du sous-sol (1864), trad. André Markowicz, éd. Actes Sud, 1992 (ISBN 9782868697998), p. 


    « L'impossibilité, c'est donc un mur de pierre ? Quel mur de pierre ? Eh, comment ça ? — Les lois de la nature, les conclusions des sciences naturelles, les mathématiques. On vous démontre, par exemple, que vous descendez du singe : pas la peine de faire la grimace — acceptez-le comme c'est. Et quand on vous démontre qu'au fond, une seule goutte de votre propre graisse doit vous être plus chère qu'un bon million de vos semblables et que cet argument résout finalement les prétendues vertus et les devoirs, tous ces délires et autres préjugés — acceptez-le tel quel, qu'est-ce que vous y pouvez, c'est comme deux fois deux — mathématique. Répliquez donc, pour voir. »

    — Fiodor Dostoïevski, Les Carnets du sous-sol (1864), trad. André Markowicz, éd. Actes Sud, 1992 (ISBN 9782868697998), p. 22


    « Mais l’homme nourrit une telle passion pour les systèmes, pour les déductions abstraites, qu’il est prêt à travestir sciemment la vérité, prêt à fermer les yeux et à se boucher les oreilles devant la vérité, rien que pour justifier sa logique. »

    — Fiodor Dostoïevski, Le Sous-sol (1864), trad. Pierre Pascal et Boris de Schlœzer, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1982 (ISBN 9782070373529), p. 146


    Citationes de Fiodor Dostoïevski

    « Si la fondation de Pétersbourg a été le premier acte de l'Antichrist, l'autodestruction de la société formée par Pétersbourg en est le second : tel doit être le sentiment intérieur de la paysannerie. [...] Le vrai Russe est un disciple de Dostoïewski, bien qu'il ne le lise pas, bien que et parce qu'il ne sait même pas lire. »

    Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident (1918-1922), trad. Mohand Tazerout, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1948 (ISBN 9782070260478), t. 2, p. 180


    Bibliographia

    Logo.jpg