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  • Jean-Jacques Rousseau

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    Citationes

    « Recherchons la première source des désordres de la société, nous trouverons que tous les maux des hommes leur viennent de l’erreur bien plus que de l’ignorance [...]. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Réponse à Voltaire (10 septembre 1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 64


    « C’est une chose extrêmement remarquable que depuis tant d’années que les Européens se tourmentent pour amener les sauvages des diverses contrées du monde à leur manière de vivre, ils n’aient pas pu encore en gagner un seul, non pas même à la faveur du christianisme ; car nos missionnaires en font quelquefois des chrétiens, mais jamais des hommes civilisés. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 229


    « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 222


    « [...] il est facile de voir que le moral de l’amour est un sentiment factice ; né de l’usage de la société, et célébré par les femmes avec beaucoup d’habileté et de soin pour établir leur empire, et rendre dominant le sexe qui devrait obéir. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 216


    « [...] vous qui pouvez laisser au milieu des villes vos funestes acquisitions, vos esprits inquiets, vos cœurs corrompus et vos désirs effrénés, reprenez, puisqu’il dépend de vous, votre antique et première innocence ; allez dans les bois perdre la vue et la mémoire des crimes de vos contemporains et ne craignez point d’avilir votre espèce, en renonçant à ses lumières pour renoncer à ses vices. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 188


    « [...] toutes ces grandes choses, savoir, les arts, les sciences et les lois, ont été très sagement inventées par les hommes, comme une peste salutaire pour prévenir l’excessive multiplication de l’espèce [...]. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 188


    « De la société et du luxe qu’elle engendre, naissent les arts libéraux et mécaniques, le commerce, les lettres ; et toutes ces inutilités, qui font fleurir l’industrie, enrichissent et perdent les États. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 187


    « Qu’on pénètre donc au travers de nos frivoles démonstrations de bienveillance ce qui se passe au fond des cœurs et qu’on réfléchisse à ce que doit être un état de choses où tous les hommes sont forcés de se caresser et de se détruire mutuellement et où ils naissent ennemis par devoir et fourbes par intérêt. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 185


    « [...] l’homme est naturellement bon [...]. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 184


    « [...] un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce, au bout de mille ans, ce qu’elle était la première année de ces mille ans. Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile ? »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 182


    « Le cheval, le chat, le taureau, l’âne même ont la plupart une taille plus haute, tous une constitution plus robuste, plus de vigueur, de force, et de courage dans les forêts que dans nos maisons ; ils perdent la moitié de ces avantages en devenant domestiques, et l’on dirait que tous nos soins à bien traiter et nourrir ces animaux n’aboutissent qu’à les abâtardir. Il en est ainsi de l’homme même : en devenant sociable et esclave, il devient faible, craintif, rampant, et sa manière de vivre molle et efféminée achève d’énerver à la fois sa force et son courage. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 180-181


    « Quand on songe à la bonne constitution des sauvages, au moins de ceux que nous n’avons pas perdus avec nos liqueurs fortes, quand on sait qu’ils ne connaissent presque d’autres maladies que les blessures, et la vieillesse, on est très porté à croire qu’on ferait aisément l’histoire des maladies humaines en suivant celle des sociétés civiles. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 180


    « La nature en use précisément avec eux comme la loi de Sparte avec les enfants des citoyens ; elle rend forts et robustes ceux qui sont bien constitués et fait périr tous les autres ; différente en cela de nos sociétés, où l’État, en rendant les enfants onéreux aux pères, les tue indistinctement avant leur naissance.

    Le corps de l’homme sauvage étant le seul instrument qu’il connaisse, il l’emploie à divers usages, dont, par le défaut d’exercice, les nôtres sont incapables, et c’est notre industrie qui nous ôte la force et l’agilité que la nécessité l’oblige d’acquérir. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 174


    « Les mœurs et les lois sont la seule source du véritable héroïsme. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Réponse à M. Bordes (1752), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 110


    « [...] la philosophie de l’âme conduit à la véritable gloire, mais celle-là ne s’apprend point dans les livres. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Réponse à M. Bordes (1752), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 110


    « Si l’homme est méchant par sa nature, il est clair que les sciences ne feront que le rendre pire [...]. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Réponse à M. Bordes (1752), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 108


    « Quand l’agriculture était en honneur, il n’y avait ni misère ni oisiveté, et il y avait beaucoup moins de vices. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Réponse à M. Bordes (1752), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 108


    « [...] on n’a jamais vu de peuple, une fois corrompu, revenir à la vertu. En vain vous prétendriez détruire les sources du mal ; en vain vous ôteriez les aliments de la vanité, de l’oisiveté et du luxe ; en vain même vous ramèneriez les hommes à cette première égalité, conservatrice de l’innocence et source de toute vertu : leurs cœurs une fois gâtés le seront toujours ; il n’y a plus de remède, à moins de quelque grande révolution presque aussi à craindre que le mal qu’elle pourrait guérir, et qu’il est blâmable de désirer et impossible de prévoir. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Réponse au roi de Pologne, duc de Lorraine (1751), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 94


    « Le luxe corrompt tout ; et le riche qui en jouit, et le misérable qui le convoite. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Réponse au roi de Pologne, duc de Lorraine (1751), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 88


    « La première source du mal est l’inégalité ; de l’inégalité sont venues les richesses ; car ces mots de pauvre et de riche sont relatifs, et partout où les hommes seront égaux, il n’y aura ni riches ni pauvres. Des richesses sont nés le luxe et l’oisiveté ; du luxe sont venus les beaux-arts, et de l’oisiveté les sciences. Dans aucun temps les richesses n’ont été l’apanage des savants. C’est en cela même que le mal est plus grand, les riches et les savants ne servent qu’à se corrompre mutuellement. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Réponse au roi de Pologne, duc de Lorraine (1751), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 87


    « [...] ces puériles subtilités de la scolastique avec lesquelles, sous prétexte d’éclaircir les principes de la religion, on en anéantit l’esprit en substituant l’orgueil scientifique à l’humilité chrétienne. [...] nous sommes tous devenus docteurs, et nous avons cessé d’être chrétiens. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Réponse au roi de Pologne, duc de Lorraine (1751), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 80-85


    « [...] le progrès des sciences et des arts n’a rien ajouté à notre véritable félicité ; [...] il a corrompu nos mœurs, et [...] a porté atteinte à la pureté du goût [...]. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts (1750), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 53


    « Nous avons des physiciens, des géomètres, des chimistes, des astronomes, des poètes, des musiciens, des peintres ; nous n’avons plus de citoyens ; ou, s’il nous en reste encore, dispersés dans nos campagnes abandonnées, ils y périssent indigents et méprisés. Tel est l’état où sont réduits, tels sont les sentiments qu’obtiennent de nous ceux qui nous donnent du pain, et qui donnent du lait à nos enfants. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts (1750), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 50


    « [...] l’étude des sciences est bien plus propre à amollir et efféminer les courages qu’à les affermir et les animer. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts (1750), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 47


    « [...] la dissolution des mœurs, suite nécessaire du luxe, entraîne à son tour la corruption du goût. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts (1750), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 45


    « Les anciens politiques parlaient sans cesse de mœurs et de vertu ; les nôtres ne parlent que de commerce et d’argent. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts (1750), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 44


    « [...] Rome se remplit de philosophes et d’orateurs ; on négligea la discipline militaire, on méprisa l’agriculture, on embrassa des sectes, et l’on oublia la patrie. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts (1750), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 38


    « [...] la dépravation réelle, et nos âmes se sont corrompues à mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés à la perfection. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts (1750), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 34


    « [...] cette douceur de caractère et cette urbanité de mœurs qui rendent parmi vous le commerce si liant et si facile ; en un mot, les apparences de toutes les vertus sans en avoir aucune. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Discours sur les sciences et les arts (1750), éd. Flammarion, coll. « Garnier Flammarion », 1992 (ISBN 9782080702432), p. 31


    « Tout patriote est dur aux étrangers : ils ne sont qu’hommes, ils ne sont rien à ses yeux. Cet inconvénient est inévitable, mais il est faible. L’essentiel est d’être bon aux gens avec qui l’on vit [...]. Méfiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin de leur pays des devoirs qu'ils dédaignent accomplir chez eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d'aimer ses voisins. »

    — Jean-Jacques Rousseau, « Émile, ou De l'éducation (1762) », dans Œuvres complètes de J.-J. Rousseau, éd. A. Houssiaux, 1852-1853, t. II, livre I, p. 401


    « Nos gouvernements modernes doivent incontestablement au christianisme leur plus solide autorité et leurs révolutions moins fréquentes ; il les a rendus eux-mêmes moins sanguinaires : cela se prouve par le fait en les comparant aux gouvernements anciens. »

    — Jean-Jacques Rousseau, « Émile, ou De l'éducation (1762) », dans Œuvres complètes de J.-J. Rousseau, éd. A. Houssiaux, 1852-1853, t. II, livre IV, p. 601


    « Mais où Jésus avait-il pris chez les siens cette morale élevée et pure dont lui seul a donné les leçons et l’exemple ? Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre ; et la simplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil de tous les peuples. La mort de Socrate, philosophant tranquillement avec ses amis, est la plus douce qu’on puisse désirer ; celle de Jésus expirant dans les tourments, injurié, raillé, maudit de tout un peuple, est la plus horrible qu’on puisse craindre. Socrate prenant la coupe empoisonnée bénit celui qui la lui présente et qui pleure ; Jésus, au milieu d’un supplice affreux, prie pour ses bourreaux acharnés. Oui, si la vie et la mort de Socrate sont d’un sage, la vie et la mort de Jésus sont d’un Dieu. »

    — Jean-Jacques Rousseau, « Émile, ou De l'éducation (1762) », dans Œuvres complètes de J.-J. Rousseau, éd. A. Houssiaux, 1852-1853, t. II, livre IV, p. 597


    « Il n’y a point d’assujettissement si parfait que celui qui garde l’apparence de la liberté ; on captive ainsi la volonté même. »

    — Jean-Jacques Rousseau, « Émile, ou De l'éducation (1762) », dans Œuvres complètes de J.-J. Rousseau, éd. A. Houssiaux, 1852-1853, t. II, livre II, p. 460


    « Je me souviens d’avoir été frappé dans mon enfance d’un spectacle assez simple, et dont pourtant l’impression m’est toujours restée, malgré le temps et la diversité des objets. Le régiment de Saint-Gervais avait fait l’exercice et, selon la coutume, on avait soupé par compagnies. La plupart de ceux qui les composaient se rassemblèrent, après le souper, dans la place de Saint-Gervais, et se mirent à danser tous ensemble, officiers et soldats, autour de la fontaine, sur le bassin de laquelle étaient montés les tambours, les fifres, et ceux qui portaient les flambeaux. Une danse de gens égayés par un long repas sembleraient n’offrir rien de fort intéressant à voir ; cependant l’accord de cinq ou six cents hommes en uniformes, se tenant tous par la main, et formant une longue bande qui serpentait en cadence et sans confusion, avec mille tours et retours, mille espèce d’évolutions figurées, le choix des airs qui les animaient, le bruit des tambours, l’éclat des flambeaux, un certain appareil militaire au sein du plaisir, tout cela formait une sensation très vive qu’on ne pouvait supporter de sang-froid. Il était tard, les femmes étaient couchées ; toutes se relevèrent. Bientôt les fenêtres furent plein de spectatrices qui donnaient un nouveau zèle aux acteurs : elles ne purent tenir longtemps à leurs fenêtres, elles descendirent ; les maitresses venaient voir leurs maris, les servantes apportaient du vin ; les enfants, même, éveillés par le bruit, accoururent demi-vêtus entre les pères et les mères. La danse fut suspendue ; ce ne furent qu’embrassements, ris, santés, caresses. Il résulta de tout cela un attendrissement général que je ne saurais peindre, mais que, dans l’allégresse universelle, on éprouve assez naturellement au milieu de tout ce qui nous est cher. Mon père, en m’embrassant, fut saisi d’un tressaillement que je crois sentir et partager encore. Jean-Jacques, me disait-il, aime ton pays. Vois-tu ces bons Genevois ? Ils sont tous amis, ils sont tous frères, la joie et la concorde règnent au milieu d’eux. Tu es Genevois ; tu verras un jour d’autres peuples ; mais, quand tu voyagerais autant que ton père, tu ne trouveras jamais leurs pareils. »

    — Jean-Jacques Rousseau, Lettre à M. d’Alembert, Montmorency, 15 Octobre 1758

    Citationes de Jean-Jacques Rousseau

    « Jean-Jacques Rousseau, l’un de vos maîtres, a inventé la théorie absurde du contrat social. Il l’avait fondée sur une conception optimiste et candide de l’homme naturellement bon et sans péché, hypothèse exactement contraire à tout ce qu’enseignent tant la religion que la science. Toutes les unités organiques y étaient décomposées, la société humaine y était atomisée, et la reconstitution de la société et de l’État était fonction d’une somme mécanique des atomes. Bien plus : l’homme même, cessant d’être une individualité organique, originale et à la destinée unique, devenait un atome. Ainsi l’on fait d’abord dépendre l’État de l’arbitraire de l’homme, puis l’on fait dépendre l’homme de celui de l’État. Il y a là une contradiction dévastatrice. L’identification de l’État et de la société qu’affirme la théorie du contrat social et de la souveraineté du peuple conduit à un despotisme total. »

    Nicolas Berdiaev, De l’inégalité (1918-1923), trad. Anne et Constantin Andronikof, éd. L’Âge d’Homme, coll. « Sophia », 2008 (ISBN 9782825138601), p. 60


    « Quand, par malheur, en suivant l’école de Rousseau et de tous les républicains français ses adeptes, on se sert indifféremment des mots gouvernement et société, on décide implicitement, d’avance, sans examen, que l’État peut et doit absorber l’activité privée tout entière, la liberté, la responsabilité individuelles ; on décide que tous les services privés doivent être convertis en services publics ; on décide que l’ordre social est un fait contingent et conventionnel auquel la loi donne l’existence ; on décide l’omnipotence du législateur et la déchéance de l’humanité. »

    Frédéric Bastiat, « Harmonies Économiques (1850) » (1850), dans L’Etat, c’est toi !, éd. L’Arche, coll. « Tête-à-tête », 2004, p. 81


    Bibliographia

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